Interview
 

DOMINO PANDA, LA MUSIQUE AUTREMENT.

PAR ADÈLE FUGÈRE

Domino Panda.

Ça ne nous aurait pas étonné de voir cela inscrit en gros et au néon sur le fronton d’une chaine de magasins de jouets. Mais c’est parce qu’il est en réalité le nom d’un collectif organisateur de concerts à La Roche-sur-Yon que nous avons voulu en savoir plus.

Rencontre avec « David Carabine » membre du collectif de la première heure et ancien président, et Vianney Riffault la relève.

Adèle Fugère (AF) : Ce nom de Domino Panda est assez surprenant. D’où vient-il ?

David Carabine (DC) : C’est tout bête. À l’époque, le premier président de l’association, Miguel Robin, a ouvert un dictionnaire deux fois. La première fois, il est tombé sur le terme « domino ». La seconde, sur « panda ». Miguel était assez doué pour trouver des associations de mots accrocheurs (rires). Et le nom est resté.

AF : Comment est né Domino Panda ?

DC : Miguel et moi travaillions au même endroit. Pendant une pause clope, on a commencé à parler musique. On s’est rendu compte qu’on avait les mêmes goûts. Il organisait déjà quelques concerts dans le bar Le 138 qui se situait, à l’époque, près du Campus de La Roche-sur-Yon. Il avait une énergie à toute épreuve pour rassembler, faire des choses, se bouger. Je me suis dit - avec d’autres - que j’allais l’aider. Et c’est comme ça que Domino Panda est né. En 2008.

AF : Dans le fond, c’est quoi Domino Panda ?

Vianney Riffault (VR) : C’est une autre proposition de concerts sur La Roche-sur-Yon principalement portée sur la musique « indé ». Elle s’appuie sur des sympathisants férus de musique comme nous, des bénévoles qui donnent des coups de main matériels, logistiques, graphiques etc., mais aussi des lieux disposés à accueillir des évènements musicaux. Les concerts de Domino Panda peuvent se passer dans des bars mais aussi chez un particulier qui a la gentillesse de nous prêter un « bout » de chez lui. Pour le public, c’est l’occasion de découvrir des musiciens et des groupes parfois méconnus mais qui, selon nous, méritent de l’être. Nous ne mettons pas de prix d’entrée. Nous ne sommes absolument pas contre (rires) mais chacun est libre de donner ce qu’il veut. Ce qui est important c’est l’accès à un bon son dans un vrai moment de partage et d’échange.

DC : Je me souviens d’ailleurs de concerts organisés au Ti’ West Coast. Le propriétaire, Jo, avait un jardin. Et pendant que je mettais tout en place pour les festivités du soir, mes enfants y jouaient tranquillement. Ça résume bien la philosophie.

AF : Le format, c’est quoi ? Le café-concert ?

DC : C’est vrai qu’on aime bien le café-concert. Le fait d’être dans un lieu pas très grand, à un mètre de l’artiste, ça nous plait bien. On vient tous les deux de Rennes où là-bas le café-concert est une vraie institution. On avait envie de l’exporter, ici, à La Roche-sur-Yon.

VF : On avait aussi envie de proposer une offre musicale de découverte de groupes musicaux qui ne passent pas encore en SMAC, complémentaire à celle déjà existante sur le territoire et dans des lieux dédiés comme le Fuzz’Yon à l’époque et le Quai M aujourd’hui. Et si tu regardes bien, il y a peu d’associations organisatrices de concerts réguliers et « live ». Il y a Domino Panda et K-Play mais qui est plus spécialisé dans le DJing. C’est tout.

AF : Quels lieux à La Roche-sur-Yon accueillent les concerts de Domino Panda?

VF : Aujourd’hui, Domino Panda organise un concert tous les mois à La Gâterie et tous les deux mois au Ô Champs Libre.

DC : Je remets ma casquette « d’ancien » mais on en a fait pas mal aussi au 138, au Ti’ West Coast, chez Simone et Simone, au Donegal ou encore au Bar de La Poste. Le Fuzz’Yon nous a aussi ouvert ses portes dans le cadre du Festival K-Play.

AF : Comment choisissez-vous les artistes qui se produisent ?

VF : Ce sont des copains musiciens mais pas uniquement. Et ils ne sont pas forcément du coin. On a dernièrement accueilli Rosa Canina au Concorde qui vient de Nantes. Chocolat Billy de Bordeaux. On a à peu près 35 demandes de groupes « indé » qui souhaitent venir jouer ici dans le cadre de Domino Panda…

AF : … ce qui veut dire que vous vous êtes constitué un réseau d’artistes qui savent que Domino Panda existe et qui souhaitent venir jouer à La Roche sur Yon.

VF : Exactement.

DC : On aime bien les petits labels. Et on essaye de dégoter des pépites. Souvent, on profite d’une tournée. Si on voit qu’un artiste passe pas très loin, on fait en sorte qu’il bifurque par ici. Les groupes ne demandent pas grand-chose. Le gite et le couvert. Si en plus il y a un petit cachet à la clé, ils sont aux anges. On est fiers de les voir, ensuite, dans des salles plus grandes. On se dit que Domino Panda a servi à quelque chose.

AF : Est-ce que ça veut dire qu’il y a un public pour ce genre de concerts « indé » sur La Roche-sur-Yon?

VF : Je pense que oui. Il y a, à La Roche-sur-Yon, une vraie demande de musique. Je dirai même plus de culture au sens large. Les gens sont ouverts à la nouveauté et à son accessibilité. Mine de rien, nos jauges tournent autour de 50 personnes à chaque concert ce qui est plutôt pas mal pour une petite structure telle que la nôtre. On peut compter sur un noyau de fidèles - que l’on retrouve notamment au Quai M ou pendant le Festival In-Ouïe à la Gâterie -, mais on voit régulièrement de nouvelles têtes. Quand on a programmé Pronostic Vital, un duo né en 2020, il y avait des personnes qu’on n’avait encore jamais croisées.

AF : Et pourtant, j’ai l’impression que ce n’est pas si simple que cela d’organiser des concerts dans des petits lieux notamment depuis l’épisode de la Covid.

VF : C’est vrai. J’organise des concerts depuis 20 ans. Je suis actuellement en charge de la programmation au sein de Domino Panda et je t’avoue qu’aujourd’hui c’est un peu plus compliqué de trouver des lieux. C’est la question du bruit qui revient généralement.  Heureusement que nous avons Ô Champs Libre et La Gâterie qui nous accueillent.

AF : Et trouver un lieu dédié ?

VF : C’est une idée mais dans ce cas on change de paradigme. On est moins dans la culture café-concert. Et c’est un vrai investissement. En temps, en énergie et j’en passe. Il ne faut pas oublier que Domino Panda c’est du bénévolat.

DC : Mais trouver un tiers-lieu où des gens puissent se rencontrer, discuter, « bidouiller », faire émerger des projets, ce serait pas mal. Aujourd’hui, il existe bien des salles de répétitions, des résidences mais c’est souvent pour des groupes déjà montés, déjà existants…

RF : … Pour Domino Panda, la musique est presque un prétexte pour la rencontre. En tout cas, pour revenir sur la question du lieu, on est ouvert à toute proposition. Même les plus insolites. Personnellement j’aimerais bien faire un concert dans une laverie ! Et si des personnes ont des lieux à nous soumettre, on est plus qu’à l’écoute !

Domino Panda vous donne rendez-vous lors de la 10e édition du Festival itinérant In-Ouïe du 2 au 6 février prochains à La Roche-sur-Yon avec notamment le son des machines à écrire d’Audrey Poujoula et celui plus environnemental de Thomas Tilly.

Le programme complet du Festival est à retrouver sur dominopanda.org ou sur lagaterie.org

Toute l’actualité de Domino Panda est à retrouver sur dominopanda.org, sur Facebook et Instagram.

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